La formule de Blondel
La règle qui dit si un escalier se monte naturellement — et pourquoi la respecter ne suffit pas toujours.
Un escalier peut être parfaitement construit et rester désagréable à monter. La formule de Blondel est la règle, vieille de trois siècles, qui met un chiffre sur cette sensation.
Ce que dit la formule
Elle est énoncée en 1683 par l’architecte François Blondel, et part d’une observation simple : le pas moyen d’un adulte sur le plat mesure environ 63 cm, et monter une marche coûte à peu près deux fois plus d’effort qu’avancer. D’où la pondération : la hauteur compte double, le giron compte une fois.
En dessous de 60 cm, on monte à petits pas serrés, le pied cherche sa place. Au-dessus de 65 cm, on monte en s’étirant, et la descente devient inconfortable — c’est là que se produisent les faux pas.
Comment l’appliquer, avec un exemple
La seule cote qu’on ne calcule pas, c’est la hauteur à monter : elle se mesure sur place, de sol fini à sol fini. Tout le reste en découle.
- Hauteur à monter relevée : 2,80 m.
- On vise 17 à 18 cm de hauteur de marche : 2800 ÷ 175 = 16 contremarches.
- Hauteur de marche réelle : 2800 ÷ 16 = 17,5 cm. Toutes identiques, sans exception.
- Giron retenu : 26 cm.
- Vérification : 2 × 17,5 + 26 = 61 cm. On est dans la fourchette.
Noter qu’il y a toujours une contremarche de plus que de marches : la dernière contremarche débouche sur le plancher de l’étage, qui tient lieu de marche.
Les valeurs qui vont avec
Blondel est une relation entre deux grandeurs, pas une norme de dimensions. Chacune a sa propre fourchette, à respecter en plus de la formule :
- Hauteur de marche : 17 à 18 cm dans une habitation, 16 à 20 cm acceptable.
- Giron : 24 à 28 cm confortable, 21 à 32 cm acceptable.
- Pente : 30 à 33° idéalement, 25 à 38° acceptable. Au-delà de 42°, on descend à reculons.
- Emmarchement : 70 cm minimum, 80 à 90 cm pour être à l’aise.
Respecter Blondel ne suffit pas
C’est le piège de la formule, et il est fréquent. Prenez une hauteur de marche de 20 cm et un giron de 23 cm : 2 × 20 + 23 = 63 cm, le chiffre idéal. Sur le papier, l’escalier est parfait. Dans les faits, il est raide et étriqué — des marches hautes compensées par un giron court donnent exactement le même total qu’un escalier confortable.
C’est pourquoi un contrôle sérieux croise toujours quatre choses : le Blondel, la hauteur de marche, le giron et la pente, chacun jugé séparément. Un escalier n’est confortable que si les quatre tombent juste.
Où se mesure le giron
Sur un escalier droit, la question ne se pose pas. Sur un escalier tournant, elle change tout : le giron se mesure sur la ligne de foulée, la trajectoire réelle du pied, jamais contre le mur ni sur la rive intérieure.
La convention française la place à 50 cm du jour, c’est-à-dire du bord intérieur du tournant ; si l’emmarchement fait moins d’un mètre, on la place simplement à mi-largeur. C’est la seule ligne sur laquelle le giron reste constant : dans un virage, les marches sont forcément plus étroites d’un côté et plus larges de l’autre.
Et sur un escalier hélicoïdal
Un colimaçon ne tient presque jamais le Blondel, et ce n’est pas un défaut de conception : c’est le prix de l’encombrement réduit. On le juge donc plus souplement, en tolérant de descendre nettement sous 60 cm. En dessous de 50 cm en revanche, la montée devient réellement pénible.