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Lexique de l’escalier

Le vocabulaire du métier, avec pour chaque terme la règle pratique et la fourchette d’usage — pas seulement la définition.

Un escalier se décrit avec une vingtaine de mots précis. Les confondre, c’est se tromper de cote : le giron n’est pas la profondeur de la marche, l’emmarchement n’est pas la largeur de la trémie, et l’échappée ne se mesure pas à la verticale du nez de marche.

Giron

La profondeur d’une marche, d’un nez de marche au suivant.

Généralement 24 à 28 cm · 21 à 32 cm acceptable

Le giron est la distance horizontale entre l’arête avant d’une marche et celle de la marche suivante. C’est la place où le pied se pose : trop court, le talon dépasse dans le vide ; trop long, la montée se fait à contretemps.

On le mesure sur la ligne de foulée, jamais au milieu ni contre le mur. Confortable entre 24 et 28 cm ; on descend rarement en dessous de 21 cm, et au-delà de 32 cm la foulée se casse.

Attention : le giron ne comprend pas le débord de nez. Deux marches qui se recouvrent de 3 cm ont le même giron que deux marches jointives.

Hauteur à monter

La distance verticale du sol fini du bas au sol fini du haut.

À relever sur place, revêtements posés

C’est la seule cote de l’escalier qu’on ne calcule pas : on la mesure. Tout le reste en découle, à commencer par le nombre de contremarches.

Elle se prend de sol fini à sol fini. Si le carrelage du bas ou le parquet du haut ne sont pas encore posés, il faut ajouter leur épaisseur : une erreur de 2 cm ici se répartit sur toutes les marches et fausse l’escalier entier.

Épaisseur des marches

L’épaisseur du bois de la marche elle-même.

36 mm courant · 27 à 45 mm selon la portée

Elle dépend de la portée : plus l’emmarchement est large, plus la marche doit être épaisse pour ne pas fléchir sous le pied.

36 mm est la valeur courante pour un escalier d’habitation en bois massif jusqu’à 90 cm d’emmarchement. En dessous de 27 mm la marche vibre ; au-delà de 45 mm elle alourdit inutilement l’ouvrage.

Sur un colimaçon, cette épaisseur se retranche de l’échappée : chaque centimètre de marche en plus est un centimètre de tête en moins.

Hauteur de marche

La montée verticale d’une marche à la suivante.

Généralement 17 à 18 cm · 16 à 20 cm acceptable

C’est la hauteur de chaque contremarche. Toutes les marches d’un escalier doivent avoir exactement la même : un écart de quelques millimètres sur une seule marche suffit à faire trébucher.

Elle découle d’une division : hauteur à monter ÷ nombre de contremarches. On vise 17 à 18 cm dans une maison. Au-delà de 20 cm la montée devient fatigante et la descente risquée.

Nombre de marches

Il ne se choisit pas : il vient de la hauteur à monter divisée par la hauteur de marche.

Toujours une contremarche de plus que de marches

On divise la hauteur à monter par la hauteur de marche visée et on arrondit : c’est le nombre de contremarches. La hauteur réelle de chaque marche se recalcule ensuite sur cet entier, et tombe donc rarement pile sur la valeur visée.

Il y a toujours une contremarche de plus que de marches, parce que la dernière montée débouche sur le plancher de l’étage : c’est lui qui tient lieu de dernière marche.

Une marche en plus ou en moins déplace tout le reste — hauteur, pente, reculement. C’est le premier réglage à essayer quand un escalier ne tombe pas juste.

Formule de Blondel

2 × hauteur + giron doit tomber entre 60 et 65 cm : c’est le pas d’un adulte.

Entre 60 et 65 cm · idéal 63 cm

Énoncée par l’architecte François Blondel en 1683, c’est la règle qui dit si un escalier « tombe juste ». Elle part d’une observation simple : le pas moyen d’un adulte sur le plat mesure environ 63 cm, et monter une marche coûte à peu près deux fois plus d’effort qu’avancer.

D’où la relation : 2 h + g, entre 60 et 65 cm, l’idéal étant 63. En dessous, on monte à petits pas serrés ; au-dessus, on monte en s’étirant.

Un escalier peut respecter Blondel tout en étant inconfortable (marches trop hautes compensées par un giron trop court). C’est pourquoi on regarde aussi la hauteur de marche, le giron et la pente séparément.

Emmarchement

La largeur utile de passage, d’un limon à l’autre.

70 cm minimum · 80 à 90 cm confortable

C’est la largeur de la marche là où l’on marche réellement, mesurée entre les deux limons ou entre les murs — pas la largeur hors tout de l’escalier.

Minimum praticable 70 cm. À 80–90 cm on croise quelqu’un et on monte un meuble ; en dessous de 70 cm on déménage par la fenêtre.

Ligne de foulée

La trajectoire du pied en montant : c’est là que se mesure le giron.

Tracée à 50 cm du jour, ou à mi-largeur si l’emmarchement fait moins d’un mètre

On monte un escalier tournant en coupant le virage, pas en longeant le mur extérieur. La ligne de foulée matérialise ce trajet.

Convention française : elle passe à 50 cm du jour, c’est-à-dire du bord intérieur. Si l’emmarchement fait moins d’un mètre, on la place simplement au milieu.

C’est la seule ligne sur laquelle le giron doit être constant. Sur les rives, les marches d’un tournant sont forcément plus étroites d’un côté et plus larges de l’autre.

Marches balancées

Les marches d’un tournant, en trapèze, qui s’éventent progressivement.

Dans un virage sans palier, les marches ne peuvent pas rester rectangulaires. On les « balance » : leurs nez pivotent progressivement pour épouser le tournant.

La règle est de garder le giron constant sur la ligne de foulée et de faire varier la largeur sur les rives. Un bon balancement déborde sur deux ou trois marches droites de chaque côté du virage, pour que la transition ne se sente pas sous le pied.

Chaque marche balancée est une pièce unique : elle a ses propres cotes et son propre gabarit de découpe.

Collet

La partie la plus étroite d’une marche balancée, côté jour.

5 cm minimum · 10 cm recommandé

Sur une marche de tournant, le côté intérieur se rétrécit. Le collet est cette petite largeur, mesurée le long de la rive intérieure.

Il faut au minimum 5 cm pour pouvoir fixer la marche, et plutôt 10 cm pour qu’un pied y trouve encore appui. Plus on impose un collet large, plus le balancement s’étale sur les marches voisines.

Jour

Le vide laissé entre les volées d’un escalier tournant.

Sur un demi-tour, les deux volées sont parallèles et laissent entre elles un espace vide : c’est le jour, aussi appelé noyau creux.

Le réduire compacte l’escalier au sol mais allonge les volées et durcit le balancement. Le supprimer complètement donne un escalier à noyau plein, où les marches convergent sur un poteau.

Volée

Une suite ininterrompue de marches, entre deux paliers.

Un palier de repos au-delà d’une vingtaine de marches

Une volée va du sol à un palier, d’un palier à un autre, ou d’un palier à l’étage. Un escalier droit n’a qu’une volée.

Au-delà d’une vingtaine de marches d’affilée, l’usage veut qu’on coupe par un palier de repos.

Palier

Une plate-forme plane qui interrompt la montée.

Un palier de repos occupe la place d’une marche entière : il monte d’une hauteur de marche, mais offre une surface plate au lieu d’un giron.

Dans un virage, il remplace les marches balancées. Plus sûr et plus simple à fabriquer, mais nettement plus encombrant au sol.

Échappée

La hauteur libre au-dessus des marches : il faut passer la tête.

1,90 m minimum · 2,00 m recommandé

C’est la distance verticale entre un nez de marche et ce qui se trouve au-dessus — plancher, poutre, rampant de toiture.

Minimum 1,90 m, 2,00 m recommandé. C’est presque toujours l’échappée qui commande la longueur de la trémie, pas l’escalier lui-même.

Sur un colimaçon, l’obstacle est la marche située un tour complet plus haut : l’échappée vaut le nombre de marches par tour multiplié par la hauteur de marche, moins l’épaisseur de la marche.

Trémie

Le trou à ouvrir dans le plancher de l’étage. À ne pas confondre avec la place disponible au sol.

La trémie est le trou dans le plancher de l’étage, celui par lequel on débouche en haut. C’est une contrainte du niveau supérieur, alors que la place disponible est une contrainte du niveau inférieur : un escalier peut très bien tenir dans la pièce du bas et rester impossible parce que sa trémie mangerait la chambre du dessus.

Sa longueur ne se choisit pas : elle découle de l’échappée. Elle doit commencer exactement là où la tête cesserait de passer sous le plancher, et courir jusqu’à l’arrivée.

C’est la contrainte la plus coûteuse à corriger après coup, puisqu’elle touche à la structure. On la vérifie avant de commander l’escalier.

Reculement

La longueur occupée au sol, du premier au dernier nez de marche.

Sur un escalier droit, le reculement vaut simplement le nombre de marches multiplié par le giron. C’est la place qu’il faut réserver devant l’escalier.

Sur un escalier tournant, on parle plutôt de développé : la longueur mesurée le long de la ligne de foulée, qui n’est plus une ligne droite.

Emprise

L’encombrement au sol de l’escalier, à comparer à la place disponible en bas.

C’est le rectangle dans lequel l’escalier s’inscrit vu de dessus, au niveau du sol du bas. C’est ce qu’on compare à la place réellement disponible dans la pièce — à ne pas confondre avec la trémie, qui est l’ouverture correspondante dans le plancher du haut.

Faire tourner un escalier réduit sa longueur mais augmente sa largeur : à nombre de marches et giron égaux, la longueur développée ne change pas, on la replie.

Pente

L’angle de la ligne des nez de marche avec l’horizontale.

Entre 25° et 38° · idéal 30 à 33°

Elle découle de la hauteur de marche et du giron. Entre 25° et 38° dans une habitation, l’idéal tournant autour de 30–33°.

Au-delà de 42° on descend à reculons, comme sur une échelle de meunier. En dessous de 22°, l’escalier devient une rampe et mange une place considérable.

Limon

La pièce latérale inclinée qui porte les marches, entaillées dedans.

Planche de 25 à 35 cm de hauteur

Le limon est la grande planche qui longe l’escalier de chaque côté. Les marches viennent se loger dans des entailles creusées dans son épaisseur : de l’extérieur, on ne voit pas les marches, seulement la planche.

Il se trace « à plat » : on reporte sur la planche la position de chaque entaille en développant la longueur le long de la rive. C’est l’objet de la planche « développé des limons ».

Crémaillère

Un limon découpé en dents de scie, les marches posées dessus.

Contrairement au limon entaillé, la crémaillère est découpée en escalier : les marches se posent simplement sur les dents. Plus rapide à fabriquer, le profil en dents de scie reste visible de côté.

C’est le procédé courant pour un escalier de service ou une réalisation d’amateur, la découpe se faisant à la scie sauteuse sur un tracé reporté.

Contremarche

La planche verticale qui ferme l’espace entre deux marches.

Vide entre marches ≤ 11 cm si l’escalier est à claire-voie

Un escalier avec contremarches est fermé : on ne voit pas au travers. Sans contremarches, il est dit « à claire-voie » — plus léger visuellement, mais l’espace entre marches doit rester inférieur à 11 cm s’il y a des enfants.

Le nombre de contremarches vaut toujours le nombre de marches plus un : la dernière contremarche débouche sur le plancher de l’étage, qui tient lieu de dernière marche.

Nez de marche

L’arête avant de la marche, qui déborde un peu sur celle du dessous.

Débord de 2 à 3 cm

Le nez de marche est la ligne que l’on voit en montant et sur laquelle le pied se pose. Un débord de 2 à 3 cm gagne un peu de profondeur d’appui sans changer le giron.

Sur un escalier fermé, ce débord protège aussi la contremarche de l’usure et des coups de pied.

Poteau de tournant

Le montant vertical du virage, sur lequel butent les marches balancées.

Section de 8 à 12 cm

Aussi appelé noyau. Les marches balancées viennent s’assembler dessus, ce qui rigidifie tout le tournant et rattrape la faible largeur au collet.

Il sert en général aussi de départ au garde-corps. Une section de 8 à 12 cm est courante.

Fût

Le tube central d’un colimaçon, autour duquel s’enroulent les marches.

Tube de 10 à 15 cm de diamètre

Chaque marche d’un escalier hélicoïdal est tenue par un manchon enfilé sur le fût, les manchons s’empilant les uns sur les autres pour donner la hauteur de marche.

La marche est presque nulle contre le fût : elle est tenue par ce manchon, pas par sa largeur. C’est normal, mais cela veut dire qu’on ne pose jamais le pied de ce côté.

Débit brut

Le plus petit rectangle de bois dans lequel une pièce se découpe.

Pour commander le bois, on ne raisonne pas en forme finie mais en rectangle englobant : c’est le débit. Une marche balancée trapézoïdale demande une planche nettement plus large que sa largeur utile.

La nomenclature donne ce rectangle pour chaque marche, ce qui permet d’estimer le métrage à acheter.

Gabarit

Le tracé grandeur nature d’une marche, à reporter sur la planche.

Sur un escalier balancé, aucune marche du tournant ne ressemble à sa voisine. Plutôt que de coter chaque pièce, on trace son contour et on le reporte directement sur le bois.

La planche « gabarits » donne chaque marche à plat, nez de marche repéré, avec ses largeurs aux deux rives.

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